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Un lieu de réflexion clinique


Réflexions en psychothérapie jeunesse sur l’insight, l’évitement, l’anxiété et ce qui permet de passer de la compréhension à l’expérimentation.



Réflexions cliniques

Portrait de Patrick Fraser, psychologue et superviseur clinique

Les impasses du changement

Motivation, évitement et mécanismes de maintien


Certains suivis semblent réunir plusieurs conditions favorables.Le jeune comprend ses difficultés.
L’alliance thérapeutique est bonne.
Les interventions paraissent pertinentes.Et pourtant, quelque chose demeure étonnamment stable.Cette situation m’amène souvent à m’intéresser moins à ce qui explique l’apparition du problème qu’à ce qui contribue maintenant à son maintien.L’anxiété peut protéger de l’incertitude.L’évitement peut prévenir une expérience redoutée.Le contrôle peut procurer une impression de sécurité.Et même une compréhension très fine de son fonctionnement peut parfois maintenir le jeune à distance de l’expérience réelle du changement.Ces réflexions explorent les moments où comprendre ne suffit plus.Elles s’intéressent à ce qui devient nécessaire lorsque l’insight est déjà présent : tolérer un certain inconfort, prendre un risque, essayer quelque chose de différent et apprendre progressivement à composer avec ce qui arrive.Patrick Fraser, psychologue

Ces réflexions sont issues de questions rencontrées en psychothérapie jeunesse et dans les espaces de supervision clinique. Elles proposent un éclairage général et ne remplacent pas une analyse adaptée à une situation particulière.


Réflexions disponibles :


Quand le jeune comprend tout

Réflexion sur l’insight et la difficulté à transformer la compréhension en mouvement.


Lorsque l’insight devient une activité en soi

Lorsque l’insight devient une activité en soi
Réflexion sur le moment où comprendre son fonctionnement peut aussi devenir une manière de rester à distance de l’expérience.


Transformer un jeune anxieux en machine à essayer

Réflexion sur l’expérimentation, l’incertitude et le développement du sentiment d’autoefficacité chez les jeunes anxieux.


À poursuivre...

Ces réflexions continueront de s’enrichir au fil des questions rencontrées en psychothérapie et en supervision clinique.


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Ces réflexions font écho à une situation que vous rencontrez dans votre pratique?Si vous souhaitez échanger à propos de vos besoins en supervision, je vous propose un appel découverte gratuit de 15 minutes.


Quand le jeune comprend tout

Réflexion clinique sur l’insight, la psychothérapie et la difficulté à transformer la compréhension en changement.

Publié en octobre 2026 - Patrick Fraser, psychologue


Je rencontre parfois des adolescents qui développent une compréhension remarquable de leur fonctionnement.Ils identifient leurs pensées anxieuses.Reconnaissent leurs stratégies d’évitement.Comprennent les mécanismes qui contribuent à maintenir leurs difficultés.À certains moments, on pourrait presque ajouter leur nom sur notre diplôme.Et pourtant, malgré toute cette compréhension, peu de choses changent dans leur quotidien.
Ces situations continuent de m’intriguer.
Parce qu’elles nous rappellent une distinction qui semble évidente, mais qu’on oublie parfois en psychothérapie :

comprendre n’est pas encore changer.

Il arrive alors que nous poursuivions le travail de compréhension.Nous reformulons.Nous faisons de nouveaux liens.Nous cherchons ce qui n’aurait pas encore été suffisamment compris.Alors que parfois, l’insight est déjà là.Le défi se situe ailleurs.Faire quelque chose de différent implique généralement davantage que de savoir ce qu’il faudrait faire.Il faut accepter une certaine incertitude.Tolérer l’inconfort.Prendre le risque que les choses ne se passent pas exactement comme prévu.Et parfois abandonner momentanément une façon de faire qui, malgré son coût, procurait une certaine sécurité.Le jeune peut donc très bien comprendre pourquoi il évite une situation sans être encore capable d’affronter ce que cette situation lui fait vivre.Il peut comprendre son besoin de contrôle tout en trouvant l’incertitude difficilement tolérable.Il peut reconnaître qu’une stratégie maintient son anxiété tout en continuant à avoir besoin de ce qu’elle lui procure.

La compréhension et le changement ne demandent peut-être simplement pas la même chose.

En supervision clinique, je me demande alors parfois si nous cherchons encore une meilleure explication alors que le jeune a déjà suffisamment compris.La question devient plutôt :

Qu’est-ce qu’il faudrait être capable de tolérer, de risquer ou d’expérimenter pour que cette compréhension commence réellement à produire du mouvement?

Parce qu’après tout, comprendre son anxiété est parfois beaucoup moins menaçant que d’agir malgré elle.


Cette réflexion fait écho à une situation que vous rencontrez dans votre pratique?Si vous souhaitez échanger à propos de vos besoins en supervision, je vous propose un appel découverte gratuit de 15 minutes.



Lorsque l’insight devient une activité en soi

Réflexion clinique sur le moment où comprendre son fonctionnement peut aussi devenir une manière de rester à distance de l’expérience.

Publié en octobre 2026 - Patrick Fraser, psychologue


Certains jeunes deviennent remarquablement habiles à parler d’eux-mêmes.Ils analysent.Font des liens.Identifient leurs déclencheurs.Reconnaissent leurs mécanismes de protection.Ils peuvent parfois expliquer leur fonctionnement avec une précision impressionnante.Et pourtant, séance après séance, quelque chose demeure étonnamment stable.Je me demande alors si l’insight est toujours au service du changement.

Parce qu’il existe peut-être une différence entre comprendre une expérience et entrer réellement en contact avec elle.

Parler de sa peur n’est pas nécessairement la ressentir.Comprendre son évitement n’est pas encore renoncer à éviter.Savoir pourquoi on cherche à contrôler ne signifie pas encore pouvoir tolérer de ne pas le faire.Et parfois, j’ai l’impression que la compréhension elle-même peut devenir un espace relativement sécurisant.On réfléchit.On analyse.On explique.On fait de nouveaux liens.La séance est riche.Tout le monde a l’impression d’avoir bien travaillé.Puis la semaine suivante, la vie reprend exactement au même endroit.C’est une impasse particulièrement subtile, parce qu’elle ressemble beaucoup à du travail thérapeutique.

Et souvent, c’en est réellement.

Mais je me demande parfois à quel moment continuer à comprendre devient moins exigeant que commencer à expérimenter.Le thérapeute peut d’ailleurs participer à cette dynamique.
Une nouvelle hypothèse est intéressante.
Un nouveau lien donne l’impression d’avancer.Et il est parfois beaucoup plus confortable pour nous aussi de poursuivre une conversation riche que d’amener le jeune vers une expérience incertaine, imparfaite ou inconfortable.En supervision, je trouve cette question particulièrement utile :

Sommes-nous encore en train d’utiliser la compréhension pour préparer le changement… ou sommes-nous devenus tellement bons à comprendre que nous avons cessé d’essayer?

Je ne crois pas qu’il faille opposer insight et action.Mais il arrive peut-être un moment où une psychothérapie n’a plus besoin d’une meilleure explication.
Elle a besoin d’une expérience différente.


Cette réflexion fait écho à une situation que vous rencontrez dans votre pratique?Si vous souhaitez échanger à propos de vos besoins en supervision, je vous propose un appel découverte gratuit de 15 minutes.



Transformer un jeune anxieux en machine à essayer

Réflexion clinique sur l’expérimentation, l’incertitude et le développement du sentiment d’autoefficacité chez les jeunes anxieux.

Publié en octobre 2026 - Patrick Fraser, psychologue


J’utilise parfois une expression un peu étrange avec certains jeunes anxieux.

J’essaie de les transformer en machines à essayer.

Pas en machines à réussir.La nuance est importante.Parce que l’anxiété aime généralement les garanties.Avant d’agir, il faudrait savoir.Être prêt.Se sentir suffisamment confiant.Pouvoir anticiper ce qui va arriver.Et, idéalement, avoir l’assurance que tout se passera bien.Le problème, c’est que la vie offre assez rarement ce genre de contrat.Il faut parfois essayer avant de se sentir prêt.Essayer même lorsqu’on ressent de l’inconfort.Essayer sans connaître exactement le résultat.Essayer avec la possibilité que ça fonctionne.Ou pas.Puis ajuster et recommencer.Je me demande parfois si nous attendons trop souvent qu’un jeune développe suffisamment de confiance avant de lui demander d’agir.Alors que la confiance peut aussi se construire dans l’ordre inverse.
Pas nécessairement :
« Je me sens capable, donc j’essaie. »
Mais parfois :

« J’essaie, je découvre ce qui arrive, et j’apprends progressivement que je peux composer avec ce qui arrive. »

Ce déplacement change beaucoup de choses.L’objectif n’est plus uniquement de diminuer l’anxiété avant l’action.Il devient aussi d’augmenter la capacité à agir en présence de l’anxiété.Et surtout, essayer ne signifie pas réussir.Une tentative qui ne donne pas le résultat souhaité peut quand même produire quelque chose d’important.Le jeune découvre qu’il peut tolérer une erreur.S’ajuster.Recommencer.Demander de l’aide.Survivre au fait que ça ne se soit pas déroulé comme prévu.Petit à petit, l’expérience commence à rivaliser avec les prédictions anxieuses.En supervision clinique, je reviens souvent à cette distinction.Demandons-nous au jeune de réussir quelque chose?Ou sommes-nous en train de l’aider à devenir quelqu’un qui peut essayer, observer, ajuster et recommencer?Parce que peut-être que le changement ne commence pas lorsque le jeune pense enfin :« Je suis certain que je suis capable. »Mais plutôt lorsqu’il peut se dire :

« Je ne sais pas exactement ce qui va arriver. Mais je peux essayer et voir. »


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